UN SI BEL AUTOMNE, de Georges de Cagliari

Pourquoi une pièce sur la retraite, la depression
et les pulsions suicidaires ?

Depuis longtemps, le Théâtre du Chaos traite préventivement auprès des jeunes le problème du suicide, qui reste la deuxième cause de mortalité dans cette tranche d'âge. Aussi, lorsque la MSA nous a demandé d'écrire une pièce sur la dépression et les pulsions suicidaires dans le 3ème âge, nous avons accepté, bien que nous sachions que la problématique et les motivations devaient être nécessairement fort différentes.

La difficulté avec le 3ème âge est que les motivations dépressives évoluent et se modifient en fonction de l'âge. La première phase difficile à accepter, et donc porteuse de risque psychologique, est le passage de la vie active à la retraite, puis la conscience progressive de la perte des facultés physiques ou mentales, et l'angoisse, presque irrépressible de perdre son autonomie.

A cela s'ajoute fréquemment un sentiment de solitude, surtout en milieu rural. Il importait donc de montrer les différentes facettes du problème, de les traiter et de faire prendre conscience à la population concernée, que si le vieillissement est un problème inéluctable, son vécu dépend fortement de la façon dont on l'aborde, et de l'entourage social qu'on se donne. Une activité tournée vers les autres, la conscience que la vie demeure riche et potentiellement heureuse jusqu'au bout, pour peu qu'on échappe au repliement sur soi.

C'est tous ces aspects que traite "Un si bel automne", et l'accueil que nous avons reçu, les prises de parole que nous avons suscitées, montrent combien cet échange était bénéfique à cette tranche d'âge. Nous nous sommes efforcés aussi d'orienter cette population vers une vie associative plus intense, que ce soit auprès d'associations spécifiques au 3ème âge, ou plus largement, vers le milieu caritatif existant dans son environnement.

Faire que l'appétit de vie et le plaisir qui en découle ne cesse pas, contribue à une bonne hygiène mentale et même physique pour ceux que l'on appelle affectueusement les anciens.

 

Résumé de la pièce

Lucien ouvre la pièce "Un si bel automne". D'invisibles, mais bruyants copains d'atelier fêtent son départ à la retraite, sans voir que le Lucien, lui, se sent flasque comme un sac vide. Suivent la Nicole et le Rolland, qui dépriment et qui s'aiment mal, dans leur maison du bourg. Ils ont dû quitter la ferme pour ne pas s'engueuler avec leur fils, un gars bien qui a repris la terre, mais qui fait à sa façon. Et il y a surtout le Jacques. Il rentre d'enterrer son chien, le seul qui m'avait empêché de venir te rejoindre, Maria, quand tu es morte il y a deux ans. Au facteur, qu'il n'a pas voulu faire entrer chez lui et qui lui lance "à demain !", Jacques répond entre ses dents "compte là-dessus, va…"

De scène en scène, on découvre l'isolement, le repli sur soi, la peur de la perte d'autonomie avec la nécessité de la canne, ou encore ces enfants, pourtant de vieux "quadra", qui dénient à leur veuf de père ou leur veuve de mère le droit à une nouvelle vie affective et sexuelle.

La voix d'un sexagénaire se noie dans un sanglot : "C'est mon histoire qu'ils ont écrite et qu'ils ont jouée. Enfin… la mienne et celle de plein d'autres qui sont ici."
A côté, une dame tout sourire ajoute : "Oui, oui, leur pièce, c'est tout à fait la vie."

Extraits d'un article de Patrick Angevin - Ouest France - 19/02/03

LES PIEDS DANS LE TAPIS, de Georges de Cagliari

Pourquoi une pièce sur les accidents domestiques ?

On a beau savoir son âge, la vieillesse vous prend toujours par surprise. Sournoisement, des actes exécutés comme allant de soi deviennent moins sûrs et se révèlent porteurs de dangers insoupçonnés. Ceci est d'autant plus difficile à vivre et à admettre que parfois l'esprit demeure vif et que du coup on s'effare qu'un décalage se soit instauré entre sa volonté et les réponses de son propre corps.

La confrontation brutale à cette réalité est généralement l'accident, l'évènement stupide, mais qui peut s'avérer lourd de conséquences et qu'on croyait réservé à d'autres, ou même à soi, mais tard, beaucoup plus tard.

La volonté première de cette pièce est de dédramatiser tout en cheminant à travers les risques et embûches qui ne manqueront pas de se révéler au cours des ans.
Plus ces risques auront été prévenus, moins ils auront de chances d'apparaître, et s'ils apparaissent, leurs conséquences seront peut-être moins pesantes.

Résumé de la pièce

A travers un personnage vivant, plein d'humour : Jeanne, nous arpentons les dangers que recèle une maison pour le troisième âge. Grâce à Germain, un second personnage ces dangers sont éliminés et quand cela ne se peut pas, réduits. Du jardin à l'entrée, de la cuisine au salon, tout est passé en revue dans une dramaturgie ludique où tout est pris en compte sans que jamais on ne bascule ni dans la résignation, ni dans un fatalisme affligé.

Le spectateur du troisième âge découvre par cette pièce que dans sa propre vie bien des comportements peuvent être améliorés, bien des dangers peuvent être circonscrits sans pour autant mettre sa dignité, sa liberté et l'idée qu'il se fait de lui-même en cause.

Il reste comme il est normal un individu à part entière, mais qui sait à l'âge avancé qui est le sien se prémunir contre les petites trahisons de son corps et de son esprit. La réflexion et la prudence, aidés par quelques aménagements limitent les chutes, les brûlures, la sur médication etc… Cette pièce montre aussi que les sentiments qui structurent une vie humaine, ne s'arrêtent qu'avec la fin de cette vie